Le WeToo (se) déplace
Pendant 6 ans, le WeToo Festival a été un rendez-vous annuel.
Un moment identifié, attendu, concentré.
Un temps fort dans l’année, où se rassemblaient des voix, des récits, des luttes, de la joie.
Aujourd’hui, le festival se transforme.
Ce qui était un point devient un mouvement.
Ce qui était un temps unique devient une présence au long cours.
Le WeToo Festival s’inscrit désormais dans l’année, comme une constellation de rendez-vous, reliés entre eux par une même nécessité constante : défaire ce qui enferme et ouvrir ce qui relie. Faire exister un féminisme vivant accessible et exigeant qui s’adresse à toutes les générations, qui passe par les œuvres autant que par les échanges, et qui crée des espaces concrets pour accueillir les singularités. Spectacles, ateliers, fêtes, tables rondes : autant de formes pour penser, ressentir et construire ensemble.
Ce ne sont plus quelques jours isolés, mais une expérience continue, une dynamique qui se prolonge, se répond, se construit dans le temps.
5 rendez-vous, 5 étapes, 5 intensités, déployé·es au fil de l’année, dans différents lieux, pour accompagner une même trajectoire.
Car ce que nous proposons n’est pas seulement une programmation.
C’est une traversée.
Un déplacement.
Parce que se déplacer c’est la force de la militance, c’est ce qui définit nos chemins progressistes, c’est ce qui permet le dialogue et l’altérité, c’est aussi comme ça que l’on peut faire de la place à l’autre.
Le WeToo #7 ne propose pas seulement une programmation pluridisciplinaire avec des artistes brillant·es, il encourage une progression.
Du regard hérité au regard choisi.
Du déclaratif à l’action.
De l’isolement au collectif.
Faire le choix de la lucidité.
Le WeToo Festival devient ainsi un parcours, une expérience qui se vit dans la durée, et qui invite chacun chacune à s’y inscrire, à son rythme, à son endroit.
Rendez-vous le 26 septembre au Point Fort pour l’ouverture de saison, lancement d’un parcours de 5 rendez-vous déployés tout au long de l’année entre Pantin, Aubervilliers et Paris, jusqu’à la date de clôture en mai à la Gaîté Lyrique.
En 2026, le WeToo Festival change de dimension.
L’arnaque de la résilience
Nous voilà en route pour une 6ème édition du WeToo Festival. Nous sommes très fières de cette longévité, car oui 6 ans pour un festival c’est le début de la maturité, tellement nombreux sont ceux qui ne dépassent pas les 5 ans.
On grandit, on gagne en savoir-faire, en réseau, en compétences, en influence mais pour autant les difficultés rencontrées sont réelles et tangibles. Cette année, c’est une baisse de 114 millions d’euros qui touche l’ensemble du budget de la culture.
Au WeToo Festival, nous avons fait le choix d’une production hybride. C’est-à-dire qu’elle repose à la fois sur nos recettes propres – la billetterie principalement, que nous souhaitons garder le plus possible accessible – et les subventions publiques.
Quand une crise politique survient, nous sommes impactées directement. Les dotations de l’état baisse ? Les villes sont en faillite ? C’est une journée de festival en moins. La conséquence est immédiate. Les structures associatives et culturelles ne peuvent plus pallier le désengagement de l’état par leur travail militant, bénévole ou sous-payé.
Nous avons donc été contraintes cette année de ne pas reconduire la journée « WeToo Récréation » qui devait se dérouler à Pantin le mercredi précédent ce week-end de fête. C’est plusieurs années de travail sur le territoire, de maillage, de sensibilisation, que nous mettons en pause. C’est près de 300 personnes qui n’auront pas accès chez elles, dans leur quartier, à une offre de spectacles, d'ateliers, de concerts pour porter une réflexion sensible sur le féminisme.
Les décisions politiques de dirigeant·es bien loti·es dans des bureaux dorés ont des conséquences directes sur nos vies. Nous ne participerons plus à l’effort de crise. Nous avons déjà assez donné. Nous ne ferons pas acte de résilience, comme notre chef de l’état nous l’a si promptement injonctionné lors de la crise du covid.
Parce qu’en ce moment, avec notre crew de féministes, on a un peu l’impression de se faire arnaquer avec cette histoire de résilience…
« Fais acte de résilience et tu créeras un beau spectacle »
« Ta résilience te fera écrire un best-seller »
« Ton trauma va t’emmener là où tu n’imaginais pas aller »
« Ton trauma va te faire grandir »
« Transforme ton trauma en or et ta vie va changer »
« Il faut souffrir un peu pour bien créer »
Oui nos vies changent à la suite d’agression, de violences, de harcèlement, de viols.
Nos traumas nous empêchent de dormir, de manger, de penser, de travailler.
Ils entrent par effraction dans nos vies et transforment notre trajectoire.
Nos traumas nous traumatisent c’est tout.
Ils nous coûtent.
Ils nous coûtent notre couple, notre famille, notre santé mentale, notre argent en séance chez le psy ou en procédures judiciaires.
Ils coûtent en image de soi, en image publique, en image sociale.
En plus de gérer ces événements terribles et injustes dont de nombreuses femmes et personnes minorisées sont encore victimes, il faudrait faire preuve de résilience créative…
Etre agressée ne fera jamais un beau spectacle. Les femmes font de beaux spectacles – qui parfois mettent en scène ce qu’elles ont vécu de plus tragique – parce qu’elles sont des génies survivantes. Parce qu’elles ont appris depuis leur plus tendre enfance à se relever des coups, à serrer les dents, à mordre la poussière et à relever la tête.
Et par la réciproque, maltraiter une femme ne fera jamais un beau film. Il faut en finir avec le génie créateur et surpuissant qui, pour tirer la justesse profonde de son art, maltraite ses actrices et ses techniciennes.
Non la domination n’est pas de l’art. C’est juste de la domination.
Non la violence n’est pas de l’art. C’est juste de la violence.
Nous ne choisissons pas la résilience comme retour à l’état initial, avant l’irruption de la violence, mais comme reprise de la croissance, reconduite d’un chemin propre, singulier, bienfaisant, pacifique. Qui ne fait pas l’économie de la reconnaissance du système de domination qui nous sociabilise, ni de notre détermination à l’éradiquer.
La commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur les violences commises dans le secteur culturel et médiatique a rendu son rapport et fait état d’un terrifiant système à broyer les talents pour faire perdurer la domination patriarcale.
Parce que le WeToo Festival est aussi là pour poser les jalons d’un monde meilleur, alors voici notre projet pour demain.
Nous rêvons de ce moment où nous ne recevrons plus de propositions de spectacles tirés d’une histoire vraie pour raconter l’inceste, le viol, l’emprise. Nous rêvons de ce monde où nous ne verrons plus d’œuvre empreinte de culture du viol, de male gaze, et où se lit la souffrance d’une actrice maltraitée sur un plateau. Nous rêvons d’une culture bienveillante, joyeuse, sorore. La culture du viol a assez duré, et assez infusé en nous une inversion des valeurs au profit de ceux qui en abusent, et qui la nie.
Vous pensez que ça ne fera pas de bons scénario, de bonnes pièces ou de bons romans ? Vous pensez que ce sera naïf et ennuyeux ? Pas assez intense ?
Regardez-nous au WeToo Festival… Cela fait 6 ans que l’on tisse une histoire empreinte d’Amour comme choix politique, que l’on rencontre une multitude d’artistes, de bénévoles, de technicien·nes, de graphistes, de webmasteuse, de responsables du marché, de créateurices, d’associations avec qui l’on construit des liens vitalisants.
Ce gang-là a une histoire incroyable à vous faire vivre.
Et vous en faites déjà partie !
LE POINT DE RALLIEMENT
Le WeToo Festival est né il y a 5 ans d’un collectif de femmes artistes
fatiguées de ne jouer que les 8 mars et 25 novembre,
fatiguées d’entendre «désolé les filles, j’ai déjà mon spectacle de femmes pour la saison»,
fatiguées de se cogner à un plafond de verre qui empêche d’obtenir des subventions décentes ou des postes à responsabilité.
Il y a 5 ans on a voulu créer le festival dans lequel on rêverait d’être accueillies. On a mis (et on met toujours) notre temps, notre énergie, notre ambition à créer cette utopie. On ne va pas vous mentir, on n’y est pas encore. Le WeToo Festival n’est pas parfait mais franchement quand on voit le chemin parcouru on est quand même un peu fières.
Le WeToo Festival est né d’une alliance : femmes – artistes – féministes. C’est cela notre point de ralliement. Si la défense et la mise en valeur des femmes – artistes – féministes est un axe fort de notre festival, par une programmation quasi 100% féminine, et par la mise en place d’une dramaturgie féministe sur l’ensemble de nos propositions, on a su regarder au-delà de ce point de ralliement.
Aujourd’hui, dans l’équipe de direction, aucune de nous n’est queer, pourtant il est évident depuis le début que nous nous positionnons également sur la défense des droits LGBTQIA+ et que les artistes de cette communauté ont toute leur place au WeToo.
Nous sommes toutes valides et pourtant nous portons une attention à ce que notre festival soit accessible à toustes.
Nous ne sommes pas toutes racisées et pourtant nous sommes toutes engagées dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie.
Nous n’avons pas toutes la même origine sociale et pourtant nous luttons toutes contre les violences de classe.
Etc…
Etc…
Nous ne hiérarchisons pas nos luttes et nous n’avons pas besoin de vivre une oppression pour la percevoir et la combattre.
Et vous savez pourquoi ? Parce que nous travaillons sans relâche et nous remettons en question nos pratiques et nos modes de vie. Parce que nous sommes des êtres doués d’empathie… Nous avons la capacité de nous insurger contre une discrimination que nous ne vivons pas. Il ne s’agit pas de se mettre à la place de, ou de ressentir ce que l’autre vit mais de COMPRENDRE ce système oppressif et les violences structurelles qui en sont le socle et l’origine.
Alors bien sûr, il est plus facile de conscientiser une oppression quand on est nous-même victime d’une discrimination même si celle-ci est différente.
Quand on ne subit aucune domination, il faut se déplacer beaucoup pour en prendre conscience.
Nous le savons, ça demande un effort.
Mais cet effort de conscientisation est nécessaire. Il est même vital.
Nous sommes WOKES – éveillées. Notre regard voit les discriminations parce que nous avons décidé de retirer nos œillères confortables. Parce que le féminisme nous a appris la lucidité. Appréhender le réel dans tout son volume. Oui, nous voyons TOUTES les discriminations. Pas juste celles qui nous concernent. Toutes les violences.
Nous ne dormons plus tranquillement. C’est terminé.
Mais à force de ne pas dormir, devinez quoi ? On s’épuise…
Nous avons besoin de relais.
C’est bientôt l’été et on rêve de partir dans une grande colo féministe avec toutes nos sistas, boire des GinTo au bord de la piscine en lisant le prochain roman de Chimamanda Ngozi Adichie. Non non, on ne ferait pas des réunions interminables pour définir la prochaine stratégie pour éliminer les violeurs des élections législatives, juste on boirait des GinTo et on prendrait soin de nous. Et ce serait bien, ce serait reposant.
Parce que pendant ce repos bien mérité, la révolution serait en marche.
Nos alliés seraient montés au front.
Ils feraient des ateliers «Je suis un homme cis et je réfléchis»,
des chercheurs (les chercheuses seraient à la colo avec nous) mettraient en place la nouvelle pilule contraceptive masculine,
des économistes trouveraient le moyen d'aligner les salaires des femmes, trans, racisées, handi sur ceux des hommes cis blancs valides,
ils mettraient en place un grand plan de lutte contre les stéréotypes et les injonctions de genre dès le plus jeune âge,
et surtout ils trouveraient une solution à ce grand problème millénaire : comment faire pour que les hommes cessent de violer, agresser, harceler, tuer.
C’est quand même fou que ce soit – dans la GRANDE majorité des cas – les hommes qui violent femmes et enfants et que ce soit à nous de trouver la solution à LEUR problème.
Alors messieurs, hommes cis que vous êtes, nous savons que si vous lisez ces lignes c’est probablement parce que vous pensez que notre combat est juste, que vous avez bien compris que nous œuvrons pour un monde meilleur pour toutes et tous, que vous aussi vous voulez offrir aux générations futures un avenir sans oppression, nous vous le demandons solennellement, s’il vous plait, devenez des ALLIÉS ACTIFS.
N’attendez pas de nous des feuilles de route pour vous guider dans le fait de ne pas nous violenter. Les outils existent, et sinon, vous savez quoi ? Créez-les !
Il vous faut rejoindre le mouvement car de fait, nous, nous avançons et pour l’instant, nous avançons sans vous. A un moment, nous serons si loin devant que nous ne serons plus que des petits points à l’horizon et vous, vous serez restés seuls, sur votre caillou, à contempler les petits points disparaître, dans le silence et le vide.
Cette révolution vous concerne.
Si nous voulons rebattre les cartes d’une société patriarcale, classiste, validiste, raciste, antisémite, islamophobe, grossophobe, nous voulons le faire avec toutes les forces en présence.
Bien sûr, il y aura encore des moments de non-mixité, des safe places, il vous faudra parfois vous mettre en retrait, renoncer à certains privilèges. Encore une fois, on ne dit pas que cela sera facile mais on vous dit que cela est nécessaire si nous ne voulons pas que la rupture soit définitive.
Et vous y gagnerez, promis. Car on ne peut pas fonder sa joie sur les larmes des autres.
Ça sonne comme un ultimatum. Peut-être que c’en est un.
Nous sommes féministes, antiracistes, anticlassistes , antivalidistes, écologistes, contre les LGBTQIA+phobies, contre l’antisémistisme, contre l’islamophobie.
Et nous sommes en colère.
Additionnons nos colères pour créer une grande alliance
Une alliance qui ne laissera pas le pouvoir à l’extrême droite
Une alliance qui sera un espoir d’union joyeuse, et le seul avenir possible.
Ce n’est pas naïf, c’est un projet politique.
Sephora Haymann, Cécile Martin et Caroline Sahuquet
Co-directrices du WeToo Festival
LA GRANDE PARADE
Comment vous dire notre joie de vous accueillir pour cette édition#4 du WeToo festival…
Depuis la première année, vous avez répondu présent·e·s et fait de cet événement un rendez-vous attendu qui donne du sens à notre engagement.
Cette année, le féminisme a résonné sur la scène publique, tant artistique que politique
Le féminisme se fait entendre
Le féminisme fait du bruit
Et il participe à éveiller les consciences et à modifier les rapports de force.
Il crée des réseaux de sororité féconds qui nous permettent de nourrir de l’optimisme car, oui, nous sommes mis·e·s à rude épreuve.
Le patriarcat réussit un tour de force : il inverse les valeurs, disqualifie sans cesse la justice dans le sens premier du terme, subordonne les femmes et celleux qui déjouent son modèle délétère, défaillant et oppresseur.
Mais nous ne cesserons de donner de la voix
Et de prendre de la place
Notre place. Juste. légitime.
Nous sommes prêt·e·s à PARER les coups.
Bien sûr, cela ne se fait pas sans y laisser des forces.
Et nous sommes là pour en reprendre.
Pour prendre notre souffle.
Constater à quel point nous sommes nombreuses. Nombreux.
Ils ne pourront plus faire sans nous entendre.
Chaque jour nous constatons que nos sœurs, nos adelphes, sont silencié·e·s, classé·e·s sans suite, pathologisé·e·s, hystérisé·e·s, cyberharcelé·e·s, accusé·e·s en diffamation, ruiné·e·s. Nous le savons. Il est long encore le chemin… Il est parfois chaotique et très coûteux. Le combat féministe a un prix.
Nous souhaitons ouvrir ce festival en évoquant avec force et gratitude toustes celleux qui se battent sur la scène publique ou de façon plus confidentielle, jour après jour, pour faire émerger les chiffres, ceux des violences sexuelles, ceux des différences de traitements, de salaires, ceux de la précarisation, ceux de la maltraitance, de la non parité, ici en France et partout dans le monde, pour que justice soit rendue, pour équilibrer les forces en présence.
Goutte après goutte, statistiques après statistiques, évidence après évidence,
Pas à pas, nous avançons.
Le féminisme, nous le croyons profondément, est un exercice du réel.
Il travaille, il réfléchit, il invente, il constate, il agit en fonction du monde tel qu’il est, de la réalité des paradigmes qui nous constituent et non pas en fonction de ceux qui devraient nous constituer.
Il n’est pas idéaliste, il est lucide, il est juste.
Si la justice est en faillite, non pas dans ses statuts, dans son ambition théorique, mais bien dans la non effectivité de la reconnaissance des crimes qui ont lieu tous les jours - Nous sommes une sur deux dirait Giulia Foïs - cela ne nous empêche pas de savoir et de nommer collectivement que la justice n’est pas juste, et que nous ne nous satisferons jamais de cet état de fait. L’affirmer collectivement est déjà une force qui atteste de notre conscience et de notre place dans le monde.
Nous vous invitons dans notre monde, celui que nous avons fabriqué, pensé pour vous avec tant d’artistes talentueux.ses que nous sommes impatientes de vous faire découvrir !
Trois jours de paillettes et de réflexions, théâtre pour toute la famille, concerts, danse, performance, tables rondes, humour, quickie, dédicaces, un marché de créateurices écoféministes…
Pendant presque une année entière, nous l’avons rêvé nous l’avons façonné, ce WeToo #4, Parce que nous ne choisissons pas entre rire et conscience, entre fête et enjeux politiques, entre joie et révoltes. Ici, nous faisons tout à la fois.
Bienvenue au WeToo #4, la grande PARADE est prête,
Que notre révolte soit vivace, qu’elle ne faiblisse pas,
Que nous sentions sa vibration,
Que notre colère nous garde les yeux ouverts,
Et que durant ces 3 jours, notre révolution en marche se fasse dans la Joie !
Séphora Haymann, Cécile Martin, Caroline Sahuquet
Codirectrices du WeToo Festival
NOTRE R·ÉVOLUTION
Bienvenue au WeToo Festival pour cette 3ème édition.
Une troisième marche ? Non. Au Wetoo nous n’aimons pas les métaphores verticales.
Une troisième pierre ? Non plus, nous ne construisons pas de murs, nous les détruisons plutôt.
Alors, un troisième pas… pour avancer vers un horizon plus désirable pour toustes.
Oui. Si seulement horizon pouvait être féminin.
En trois ans, nous avons beaucoup appris. Nous avons renforcé nos liens, avec vous, avec le féminisme, avec l’art, avec la lutte et avec l’art de la lutte.
Ces trois années nous ont permis de nous rapprocher encore un peu plus de ce que nous voulons être et de l’endroit où nous souhaitons être.
Et dans quelques années, nous vous accueillerons chez nous.
Dans notre MAISON DES ARTS ET DES CULTURES FÉMINISTES que nous sommes en train de rêver et bientôt de concevoir.
Nous voulons un lieu unique en France, pensé comme une fabrique de démantèlement du patriarcat. Un lieu où le public pourra à la fois voir des spectacles engagés, se documenter, trouver du soutien, des ressources humaines et associatives, se reposer, rencontrer des personnes inspirantes, participer à des débats et multiplier ses outils artistiques et dialectiques pour lutter contre les oppressions.
Un lieu où les programmateurices ne diront pas aux artistes “...mais j’ai déjà une pièce avec des femmes cette année” ou “un projet sur les femmes ? bof… mais pourquoi pas le 8 mars ?”
Un lieu où la sororité et l’adelphité comme engagement politique nous permettront petit à petit de renforcer notre puissance, de sentir dans nos corps et nos esprits la vibration de notre force collective.
Celle qui est déjà à l'œuvre ici.
Nous la percevons, nous espérons que vous aussi.
Ce réconfort nous permet de supporter le reste, de continuer à lutter, à croire possible la grande révolution.
Si la finalité est bien ce que le WeToo défend : le féminisme est la promesse d’un avenir meilleur pour toustes sans exception, alors nous avons besoin de toustes pour le construire.
Découvrons-nous des milliers, dit la chanson.
Des milliers d’opprimé·e·s : les pauvres, les personnes racisé·e·s, les enfants, les personnes âgées, les travailleur·euse·s du sexe, les personnes handicapé·e·s, les actrices de plus 50 ans, les refugié·e·s climatiques, les sages-femmes, les lesbiennes, les précaires, les ménauposées, les personnes grosses, les femmes, les personnes transgenres, les personnes non-binaires… La liste est longue et non exhaustive…
Une liste horizontale qui refuse la hiérarchie.
Une liste que chacun·e est libre de compléter.
Toutes ces violences ont la même origine, le même bourreau. Il porte parfois des noms différents selon notre culture de la lutte.
Nous disons ici PATRIARCAT.
Au WeToo Festival, nous nous intéressons particulièrement à la famille comme lieu d’origine de la violence. Le patriarcat, c’est littéralement le pouvoir du père sur le reste de la famille, femmes et enfants. C’est l’exclusion des femmes dans le système décisionnel. C’est la hiérarchisation des rôles dans la cellule familiale, puis par extension dans l’ensemble de la société.
Nous nommons patriarcat la domination des hommes le plus souvent cisgenres, blancs, riches et âgés, le pouvoir préempté par un groupe minoritaire.
Ce système est surpuissant. Nous sommes depuis notre conception les victimes d’un tyran structurel qui va parfois jusqu’à faire de nous les ouvrier.e.s de notre propre oppression. N’avons-nous pas participé à construire nos carcans hétéronormés, raciaux, validistes, classistes ? Des prisons sociales, émotionnelles, sexuelles et culturelles.
Quelle force, quelle patience, quel courage nous faut-il pour prendre conscience du poids de nos chaînes ?
Pour enfin nous sentir légitime à nous en défaire ?
Pour s’opposer parfois à nos familles et à celles et ceux que nous aimons ?
C’est précisément cette force que nous avons en commun !
Cette force que nous voulons chérir, transmettre, revendiquer, ensemble, partout, tout le temps.
Le patriarcat a mille et un tours dans son sac pour nous empêcher de nous allier.
Les guerrier·e·s solitaires ne sont pas très menaçant·e·s.
Aujourd’hui, toustes ensemble nous lui faisons peur !
Nous sommes capables de tout renverser.
Nous sommes un projet de société.
Nous sommes un projet politique, organisé, crédible, juste, salutaire.
C’est pourquoi, le WeToo propose de commencer par ne plus laisser une société malade poser son regard binaire sur les luttes féministes. Par ne plus accepter qu’on nous divise et par ne pas œuvrer à cette division qui est le terreau de notre adversaire. Le patriarcat ne sait pas fonctionner sans le duel. Nous, nous savons.
Alors, nous nous emparons de nos récits.
Nous refusons d’être raconté·e·s, nous nous racontons.
Bientôt, l’apaisement viendra de notre élan collectif vers ce changement inéluctable de système, de société.
Nous ne goûterons probablement pas les infinis délices de ce nouveau monde mais nous n’avons plus d’autres choix que de consacrer toute notre énergie à le construire, ensemble.
L’équipe du WeToo
Taties Jo
Le WeToo est un festival féministe et familial, qui tente de faire coexister ces deux notions. Comment peuvent-elles s’agencer ensemble ? S’enrichir, se nourrir ? Sont-elles compatibles ? D’abord, il y a plusieurs types de familles, et la famille traditionnelle, héritée d’un système hétéro-patriarcal, est bien celle qui met le féminisme le plus à rude épreuve.
Mais parmi les nombreuses familles possibles, il y en a une que nous voudrions mettre en lumière, c’est la famille de cœur.
La famille qu’on se choisit, la famille qui se fabrique au fil des années. Glanée depuis l’enfance, saisie par des rencontres intenses à l’adolescence, maturée au cours de notre vie d’adulte.
Elle est constitutive de notre vie affective, essentielle à ce que nous sommes, mais force est de constater qu’elle n’est pas particulièrement valorisée dans notre société qui place l’amour romantique du couple au centre de notre système de vie.
La famille de coeur, ce sont ces soeurs, ces amies, ces femmes rencontrées sur notre route qui participent à notre réflexion globale, à notre santé mentale, à notre dynamisme intellectuel, celles qui permettent à notre pensée de s’élaborer, de se renforcer.
Celles qui échangent avec nous et analysent nos fonctionnement intimes et sociaux, celles qui passent de longues heures à nous écouter et partagent avec nous leurs expériences et leurs conclusions empiriques.
Celles qui nous donnent confiance et qui nous transmettent des outils pour comprendre le monde, le conscientiser et pouvoir l’habiter.
Celles qui nous donnent le goût de la révolte et la légitimité pour oser le subversif.
Celles qui rendent la révolution possible.
Une sorte de gynécée choisi de la pensée et des corps.
La sororité oui.
On ne vient pas de nulle part, chaque conscience féministe a été éveillée par une autre conscience féministe. Une pensée, un mot, un conseil, un regard, un geste, une aide, un marchepied, un encouragement, une caresse.
Chacune d’entre nous, a croisé, lu, ou écouté une autre femme qui avant elle avait déjà eu à penser et à déconstruire son propre mode de vie.
Un relais se met en place entre les générations.
Et à notre tour nous transmettons. Nous transmettrons.
Le féminisme est une science qui s’acquiert grâce à celles qui nous ont précédées.
Qui ont écrit et pensé le monde de demain et qu’on invisibilise sans cesse.
Il faut sans cesse les sortir de l’anonymat. Sans cesse les réapprendre.
On ne les oublie pas et elles nous permettent d’être ici aujourd’hui.
Elles nous permettent de nous constituer un socle grâce auquel nous avançons et nous nous construisons.
Cette filiation, elle peut prendre plusieurs formes d’expertise : intellectuelle, organique, sentimentale, médicale, économique, politique, financière….
Parce qu’un festival comme celui-ci ne se crée pas sans argent.
Parce que toute ambition a besoin de moyens et qu’au WeToo on a de grandes ambitions, on a eu la chance d’avoir une mécène, Tatie Jo, séduite par nos idées et qui, à la fois, les a initiées dans une certaine mesure.
Une Tatie Jo nous a donné de l’argent, une autre Tatie Jo nous a donné une idée, une autre Tati Jo nous a donné confiance, une autre nous a réconforté.
Toutes nous ont permis de penser que c’est possible.
On a besoin de Taties Jo et on aspire à devenir une.
Parce que le féminisme existe et se construit grâce aux Taties Jo.
Depuis qu’on travaille sur la conception de notre festival, on cherchait une marraine qui pourrait nous représenter ainsi que véhiculer une pensée
qui nous soit proche, dans laquelle on puisse se fondre et qui se fondrait dans la nôtre.
On a trouvé notre marraine, nos marraines. Un symbole incarné, Tatie Jo.
Merci à elles, ces sœurs de cœur, qui nous permettent de penser le monde, de croire à sa possible révolution et de la mettre en œuvre pour toutes les petites Taties Jo qui naitront dans les années à venir.
Séphora Haymann pour le WeToo Festival